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C'était un samedi après-midi d'octobre. Le temps était radieux et les Champs-Elysées noirs de monde. Soudain, une voix mâle retentit à travers un haut-parleur : " Vous les hommes, vous êtes tous concernés. Ne vous laissez pas ridiculiser " En même temps, une douzaine d'individus, la quarantaine bien entamée, le look cadre responsable, pénètrent en commando dans le magasin d'exposition Peugeot. Devant les badauds ahuris, ils collent des stickers " Papa, je t'aime " partout où ils peuvent, distribuent leur journal sans perdre de temps et répètent en choeur et en rythme le slogan que Christophe Henry, le secrétaire général du mouvement de la Condition masculine, fait résonner bien fort grâce à son micro portatif : " Cal-vet-les hommes-ne sont pas-des guignols ! "
L'objet de leur colère trône en vitrine : la 106, " voiture de femme, alors que la firme n'a prévu aucun modèle pour les hommes", dont les spots télé " dégradent l'image masculine ". On y voit - entre autres - un mari s'adonner au strip-tease dans l'espoir d'émouvoir son épouse et d'obtenir les clés du rutilant petit bolide de sa moitié " L'assurance est plus chère après sinistre, lui lance Henry. Quand votre femme vous fera cocu, vous viendrez nous voir, monsieur!" La maréchaussée débarque, des CRS plutôt mal à l'aise. Henry ne se démonte pas et leur demande s'ils ont une réquisition.
Le lobby masculin doit le gros de ses troupes au divorce, " conséquence sociale, selon Henry, du féminisme qui enferme les comportements dans des règles suicidaires pour la société et déclencheur de la révolte mâle. La société matérialiste, poursuit-il, organise le racket des "ex" à travers des demandes de pension exorbitantes. Si nos adhérents ne viennent pas des classes défavorisées, c'est parce qu'on ne peut pas tondre un oeuf!"
Les chiffres sont pourtant têtus: l'appauvrissement des femmes divorcées faut-il le rappeler reste la norme absolue. Condition masculine a longtemps fait de la paternité souffrante et entravée son cheval de bataille. Noble et émouvante, la cause lui a valu la sympathie des hommes comme des femmes. Le mouvement a enregistré quelques beaux succès,
dont l'abrogation de l'article 374 du Code civil, qui stipulait que "pour les couples non mariés l'autorité parentale est confiée exclusivement à la mère, en cas de séparation ".
Toujours drapée dans les habits vertueux de la victime, Condition masculine passe maintenant à l'offensive pour jouer à fond la carte du communautarisme mâle. Outre la création d'un " ministère de la condition masculine et de l'enfance " (amalgame, pour le moins, étrange), le mouvement réclame, par exemple, " la retraite pour les hommes huit années avant les femmes, ce qui correspond à l'écart de la durée de la vie ". " Ce n'est pas nous qui avons déclaré la guerre des sexes ! ", argumente Pérot en dénonçant avec insistance " le nouveau racisme de l'homme méprisé ". Et il ajoute aussitôt : " Les femmes nous ont marché dessus parce
que nous nous sommes laissé faire. Les hommes ont changé... Ce sont des veaux ! " C. de R. |